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“Les filles riches n'épousent pas les garçons pauvres.“

J'errais à la bibliothèque. Ouverte à l'aventure en scrutant les jaquettes de dvds. Je tombe sur le Gatsby Le Magnifique de Jack Clayton avec Redford et Farrow. Je me dit que j'aimerais bien voir celui-là avant de voir le dernier sorti, celui de Luhrmann. Deux pas plus tard ce dernier Gatsby m'attendait, celui avec Léonard DiCaprio et Carey Mulligan.

Un "versus" s'imposait.

J'ai suivi un ordre chronologique, d'abord Jack Clayton puis Luhrmann. Ce qui m'intéresse vraiment dans cette note c'est, qu'à partir d'un même texte (le roman de F. Scott Fitzgerald, que je n'ai pas lu), on arrive à deux œuvres différentes, et en quoi. Il ne sera pas question de mieux ou pas, de bien ou mal. Parce que c'est subjectif et parce que je préfère ouvrir sur des questions que de m'arrêter sur un avis.

Nous suivons l'histoire de Nick Carraway, un homme de bonne famille au désir simple et sans le sou. Nick est le cousin de Daisy, une belle mondaine qui s'est mariée à un riche héritier, Tom Buchanan. Très vite Nick découvre la face sale et caché de ce monde de luxe et de fastes. Tom a une maîtresse, la femme d'un garagiste, a qui il offre quelques miettes de son univers. Daisy est malheureuse (limite névrosée). Ils s'ennuient. Nick est voisin d'un certain Gatsby, un homme mystérieux qui organise des fêtes immenses sans pour autant que l'on sache qui il est et d'où vient son immense fortune.

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Nick (ci-dessus, dans la version de 74 joué par Sam Waterson) reçoit une invitation pour assister à une de ces merveilleuses soirées, c'est le seul à en avoir une, car les soirées sont des portes ouvertes. C'est là qu'il fait la rencontre de Gatsby (fortuitement ou non cela dépend des versions). Par l'intermédiaire de Jordan, une amie de Daisy, il apprend que Gatsby est un ancien amoureux de sa cousine. Qu'il est toujours. Et que chacune de ses somptueuses fêtes est faite pour la voir venir. Nick doit jouer le rôle d'entremetteur lors d'un thé. Gatsby exerce sur Nick, un sorte de fascination, entre le doute et le respect.

L'ambiance du film fait écho au livre L'île Joyeuse de Dawn Powell, si vous aimez les années 20. On y dépeint pareil une société qui se casse la gueule, car incapable de se remettre en question et de s'adapter aux nouvelles lois du marché. Comme Tom Buchanan en est l'exemple, détestant les parvenus qui n'ont pas ses origines nobles et rejetant sa haine dans le racisme via un sombre bouquin. Son insouciance est bientôt fini et il se trompe d'ennemis. Aucun des personnages ne sera épargnés de ce drame; que ce soit de ses rêves, de son idéal ou de sa vie.

tumblr_mltirxvkg81s594zyo1_1280La première chose qui m'a intéressés c'est la différence dans le traitement des personnages. Prenons celui de Nick, si celui de Sam Waterson semble arrivé là par hasard, suivant les évènements d'un œil lointain, devenant malgré lui un protagoniste de l'histoire. Celui de Tobey Maguire (ci-dessus et qui décidément ne vieillit pas) se définit lui-même comme un arriviste appâté par l'attraction de New-York. Comme je ne connais pas le livre, je ne peux pas juger de quelles versions est la plus proche de l'œuvre originelle. Mais il y a un truc assez symptômatique entre les deux versions. Où celle de Clayton, laisse énormément de vide sur le passé de Gatsby, sur certains passage dont Nick n'est pas forcement spectateur, celle de Luhrmann à tendance à donner une explication, une indication, une image, une "couleur" à tout.

Exemple: La relation enre Jordan et Nick. Chez Clayton, Jordan mutine, elle lui envoit des perches longues comme le bras (avec sa superbe voix que je surkiffe, flahlove) sans être affectueuse, la façon dont elle est filmée. C'est un peut comme si on était Nick (et je pense que dans le livre c'est ça), on se laisse séduire. Alors que chez Luhrmann, dès les premières images, la voix off de Nick nous annonce qu'elle lui plaît. Il y a moins de scène ensuite entre Nick et Jordan dans le second film. Je pense que c'est un choix du réalisateur de ne pas s'attarder sur l'histoire entre ces deux-là. Du coup il annonce le truc, ce qui lui permet de ne pas s'embarasser de scènes de séduction. Mais je trouve ça quand même dommage. Parce qu'avec un regard, un cadrage, une réplique, on peut tellement dire plus. D'ailleurs souvent en amour, ce que vous vivez est dix milliard de fois plus fort que quand vous essayez de mettre des mots dessus. "Aaaaah il a liké ma photo!!!" "Oui, ta mère aussi..." Avec des mots c'est tout de suite moins fort voire ridicule (même si là je force un peu le trait).

Et puis j'aime bien ne pas savoir il faut dire. J'avais été tellement frustrée à la fin de Chihiro (de Hayao Miyazaki). Mais en y réfléchissant je me rendais compte du méga cadeau que me faisait le réalisateur. Il me laissait la place, à moi, dans son film, de faire travailler mon imagination. La fin m'appartenais.

Autre exemple: Le passé de Gatsby qui est montré et expliqué chez Luhrmann de A à Z, avec la différence entre le faux et le vrai. Est quasi-absent chez Clayton. La vérité arrive à la fin, représenté par un vieillard.

Encore un autre exemple: La fille de Daisy et Tom, qui est quasi absente de la version 2013, alors qu'elle joue quand même un rôle important dans la verson 73. Elle est juste évoquée par Carey/Daisy, alors que celle de Mia/Daisy a deux scènes qui me semble assez importante. Une où elle nous permet de voir, la maladresse de Daisy et un premier indice sur son choix définitif entre Gatsby et Tom (je m'en rend compte et en y repensant). Et une scène finale, où la mère pleure autant que la fille et où l'on ne sait pas laquelle s'accroche le plus à l'autre. Ce qui me semble être aussi une importante preuve de ce qui attend Daisy dans le futur.

"C'est ce qu'il y a de mieux pour une fille.

Etre une belle petite sotte."

 

Carey Mulligan et Mia Farrow

 

Les deux réalisateurs ont clairement des objectifs différents. Chez Clayton, je pense que c'est vraiment la fin de l'insouciance. Le film est sorti en 1973, et le premier choc pétrolier a lieu en 1971. Je pense que ça à un lien. Parce que les années d'entre-deux-guerres sont les dernières années de pures insouciance, à mon avis. Parce qu'après il y a l'industrialisation de la mort, et ça (malgré certains) on ne peux pas l'ignorer. Comme en 73, c'est la fin de l'insouciance économique. L'avenir appartiens désormais à ceux qui se lève tôt. Hormis Nick, qui a les pieds sur terre, aucun des protagonistes de l'histoire ne pourra échapper à son fatum par ce qu'ils ne voient pas que le monde change.

Chez Luhrmann, et bien je ne sais pas... Ce n'est pas un réalisateur que j'aime particulièrement. J'avais aimé Romeo+Juliette mais détestée Moulin Rouge. Et en voyant Gatsby, j'ai compris pourquoi. Ça pique les yeux. Trop de fond bleu, tue le fond bleu. Pour moi Luhrmann est un réalisateur de l'esthétisme, avec tout ce que cela implique de défauts. C'est surprenant, c'est joli, ça claque mais parfois c'est creux, maladroit ou ça retombe bêtement. J'avais bien aimé la retranscription de Romeo et Juliette dans une époque contemporaine. Mettre des musiques d'aujourd'hui dans une autre époque, pourquoi pas? Cela me paraît même intéressant, pour qu'on fasse le lien entre le jazz d'hier et le rap d'aujourd'hui. Mais après ça il n'y a rien.

Le traitement des personnages surtout m'a choqué. Toujours cette notion de respect. Où ceux de Clayton était traité avec une infinie pudeur, même si Daisy/Mia est parfois casse-couille et où tu te doutes de Tom/Bruce Dern n'est pas un saint. Ce sont des gens qu'on peux comprendre. Alors que Luhrmann cède à une joyeuse hystérie, qui va de paire avec son goût du spectacle, à mon avis. C'est too much. Tom/Joel Edgerton est un salaud fini, un simple fête devient une orgie, une armoire à chemise, un dressing de deux étages. Et les personnages en pâtissent. Ils chopent un côté caricatural et comique. Et pourtant je ne pense pas que ce soit dans la volonté du réalisateur. La scène où Gatsby retrouve Daisy, profondément romantique, deviens ridicule et grotesque. Est ce que c'est transcrit ainsi dans le livre pour critiquer cette société qui disparaît? Ou est-ce que le réalisateur n'est pas à l'aise en romance?


Mais le plus choquant reste le personnage de Myrtle, la femme du garagiste, la maîtresse de Tom. Dans la version 73, c'est une jolie fille qui se rêve en grande dame sans pouvoir y accéder. Elle veut un chien mais choisi un chien policier alors que les bourgeoises se pavanent avec leurs petits toutous. Et puis il y a la scène où Myrtle raconte sa rencontre avec Tom, ses yeux brillent. C'est Cendrillon qui va au bal.

 

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Alors que dans la version de 2013, Myrtle est réduit à son plus simple rôle, la salope. Elle est vulgaire à outrance, son appartement est une digne garçonnière et chaque élément qui pouvait nous la rendre sympathique est gommé. Car elle n'est pas là pour ça, mais pour être la part sombre de Tom puis un élément déclencheur vite brisé du dénouement final.

Et c'est ce que je reproche au cinéma de Luhrmann en général, se cantonner aux simples basiques naïfs. De pas creuser plus. Alors oui c'est beau et spactaculaire. Mais ça ne va pas plus loin.

En conclusion, voir les deux films à la suite est vraiment intéressant. J'ai d'abord trouvé la version de Clayton, un peu lente et pleine de vides, mais je pense que si j'étais restée là-dessus, j'aurai aimé le film sans plus. En imaginant à ma guise le passé de Gatsby et son histoire avec Daisy. C'est surtout en voyant le film de Luhrmann que je me suis rendue compte de la qualité de ce premier et du fait que décidément le cinéma du second me fatiguait. Que mes choix personnels iraient peut-être plus vers la version de 73. Que l'esthétisme de Lurhmann me charme mais pas pour tout un film. Il y a un côté "clip" redondant creux, un peu comme chez Sofia Coppola, c'est joli mais c'est bête. Tout est une question de priorités.

Et je me demande si l'évolution de la société n'y est pas pour beaucoup?

"T'es si bête, tu ne sais pas que tu vis."