Je ne suis pas très calée "Québec", pas que je sois contre mais ça n'avait jamais traversé mon chemin. Jusqu'à ce que je rencontre une passionnée, une vraie de vraie. Comment dire non quand Robert Lepage vient à Paris pour présenter un seul en scène au nom de 887? Après tout ce que cette amie vous a dit, évidemment vous êtes curieux. Et vous avez bien fait parce que vous ne sortirez pas déçu.

Je ne savais absolument pas ce que j'allais voir. J'ai préféré ne rien lire, ne rien voir, avant. Parce que, souvent, la première rencontre est magique, et plus encore quand on ne s'y attend pas. En Art, comme en Amour, une rencontre improvisé est souvent une bonne surprise. J'avais ce que mon amie m'avait dit, son attrait et quelques photos d'un autre spectacle sur Miles Davis.

887 commence, Robert Lepage entre en scène, les lumières de la salle sont encore allumées, il nous fais l'annonce habituelle sur les téléphones portables. Il nous parle, nous raconte une histoire et sans que l'on s'en rendre compte, c'est parti, nous sommes embarqués. Un rideau s'ouvre sur un écran, écran qui est sur une sorte de grande boîte, une boîte qui tourne, une boîte "magique" qui est à la fois immeuble d'enfance, intérieur d'appartement, bibliothèque, cuisine, diners, chambre, voiture,etc.  

887

887 est une pièce sur le souvenir. Sur les souvenirs personnels mais aussi ceux d'un pays. Ceux qu'on a. Ceux qu'on laisse. Ce qui reste de la mémoire. Car c'est avec sa propre mémoire que Lepage nous fait entrer dans ses souvenirs. La difficulté à retenir le poème de Michèle Lalonde, Speak White pour la 40ème nuit de a poésie. Et le recourt à un "palais mental" pour s'en rappeler, un lieu familier que l'on connaît parfaitement. Pour l'auteur c'est son appartement d'enfance situé au numéro 887.

Plusieurs histoires se mêlent durant toute la pièce. Toutes se recoupent plus ou moins. Face à Robert Lepage, j'avais l'impression d'être un gamin, les yeux écarquillés, devant un mec qui sort des maisons des boîtes, qui fait de la magie, qui me raconte des histoires. Comme un enfant, j'accepte l'aventure et me laisse conduire. Durant toute la pièce, les maquettes, les vidéos, les nouvelles fonctionnalités de la grande boîte sont une source d'émerveillement. Personnellement ça me fait plus d'effet qu'une séquence "tape à l'œil" de film gros budget. Comme cette scène avec vidéo où une poche de veston devient une tribune officiel pour figurine de De Gaulle.

Cependant, outre la technique impeccable et l'enchantement qui s'en dégage, 877 est une pièce engagé qui nous en apprend beaucoup sur l'identité des francophone du Canada.

‹‹ Ce que veut dire "Je me souviens."››

L'atmosphère du Québec des années 60 nous est présentée, avec ses rapports sociaux entre anglophones et francophones et sa lutte des classes. Ces choses, qu'innocemment, je n'avais pas la moindre idée. L'acmé arrivant avec la présentation du fameux poème Speak White. Ce titre est le mot d'ordre que donnait les propriétaires américains pour obliger les esclaves à parler anglais et abandonner le créole. Et qui raisonnait fortement pour les canadiens d'expression française. Le poème commence comme un récit à l'image du lieu "officiel" et guindé d'où il est pour finir par un engagement réel qui nous rappelle qu'il faut se souvenir. Il y a beaucoup d'émotion dans ce passage. Mais il faut ajouter que tout le spectacle jongle avec les moments de drôlerie, de tristesse, d'inquiétudes, de révoltes… On voit toute la maîtrise du créateur qui comme un pianiste virtuose aligne des notes complexes avec une facilité déconcertante sans qu'aucune ne soit fausse.

 

En conclusion, 887 est un très beau spectacle, qui m'a fait découvrir un très grand auteur. Robert Lepage est, à mon avis, une des figures importantes du théâtre. Et qui plus est, accessible, vous pouvez facilement y emmener des enfants (je dirais dès 8 ans, 10 ans?), des personnes qui ne sont pas plus connaisseurs que ça, votre mamie, etc.

Allez-y, pour ma part je vais surveiller de près les prochaines pièces du monsieur qui se montent près de Paris.

887 - Bande annonce officielle

D'autres bloggeurs écrivent aussi sur 887, comme éclairs.de.ténèbres et Allegro Théâtre

887 est présenté dans le cadre du Festival d'Automne à Paris au Théâtre de la Ville du 9 au 17 septembre, pour plus d'informations: le site du festival.